Une cheville qui lâche à la reprise du sport, ou une douleur persistante après une ligamentoplastie, crée une grande inquiétude. Il est essentiel d’adopter une démarche structurée pour poser le diagnostic et éviter une réintervention inutile. Cet article détaille les signes cliniques, l’imagerie adaptée, la prise en charge conservatrice, et les critères qui justifient une révision chirurgicale.
Comment suspecter un échec de ligamentoplastie ?
Le constat initial repose sur une histoire clinique précise et un examen objectif. Les éléments qui doivent attirer l’attention sont :
- Instabilité fonctionnelle persistante : sensation de lâchage ou d’entorse répétée lors d’efforts ou à la marche, malgré rééducation appropriée.
- Douleur chronique locale : douleur qui ne régresse pas après la période de cicatrisation attendue (souvent au-delà de 3 mois si elle est significative).
- Œdème, rougeur, chaleur : signes pouvant orienter vers une complication infectieuse ou une inflammation chronique.
- Déficit neurologique ou vasculaire : paresthésies, hypoesthésie ou signes d’ischémie qui nécessitent une prise en charge urgente.
- Altération de la rééducation : progression insuffisante en proprioception et renforcement malgré un protocole adapté.
Chronologie et éléments du dossier opératoire
Il est indispensable de revoir le compte rendu opératoire : technique utilisée, type de greffon, fixation, complications per-opératoires. La période postopératoire (immobilisation, reprise de la marche, protocole de kinésithérapie suivi) éclaire la chronologie des symptômes et oriente l’interprétation des examens.
Imagerie et explorations complémentaires
Le choix des examens dépend du tableau clinique. Les examens les plus utiles sont :
- Échographie dynamique : utile chez les patients jeunes pour évaluer en temps réel la continuité du greffon, la laxité des ligaments et rechercher des séquelles de tendinopathie.
- IRM : examen de référence pour étudier l’intégrité du greffon, l’œdème des parties molles, et repérer lésions associées (cartilage, synovite, kystes, signes d’algoneurodystrophie).
- Arthroscanner : intérêt si l’on craint des lésions osseuses ou cartilagineuses non visibles sur l’IRM, ou pour une planification chirurgicale précise.
- Radiographies de stabilité (télos) : pour objectiver une laxité talo-crurale ou calcaneo-fibulaire selon la technique opérée.
- Analyses biologiques : marqueurs inflammatoires et cultures si suspicion d’infection.
Prise en charge conservatrice : objectifs et protocoles
Avant d’envisager une révision chirurgicale, une prise en charge conservatrice optimisée doit être mise en place et suivie de manière rigoureuse pendant au moins 3 à 6 mois, sauf signes majeurs nécessitant une intervention immédiate :
- Rééducation spécifique axée sur la proprioception, le contrôle neuromusculaire, le renforcement musculaire périphérique et l’entraînement fonctionnel progressif.
- Orthèses et attelles stabilisantes (type Aircast) lors de la reprise d’activités pour protéger l’articulation et limiter les récidives d’entorse.
- Gestion de la douleur et de l’inflammation : antalgiques, anti-inflammatoires si indiqués, infiltration ciblée seulement après exclusion d’une infection.
- Programme fonctionnel gradué avec évaluation objective (tests de saut, équilibre, marche) pour décider de la reprise sportive.
Le succès de la prise en charge conservatrice se mesure à l’amélioration progressive de la stabilité fonctionnelle, à la diminution de la douleur et au retour aux activités avec une attelle si nécessaire. L’absence de progrès après 3 à 6 mois devrait conduire à réévaluer l’indication chirurgicale.
Quand envisager une révision chirurgicale ?
La décision de réintervention repose sur la conjonction de signes cliniques persistants, d’une preuve morphologique d’échec (rupture ou mauvaise incorporation du greffon, laxité anatomique) et d’un échec des mesures conservatrices. Les indications typiques sont :
- Laxité objective sévère associée à une plainte fonctionnelle invalidante.
- Rupture prouvée du greffon ou échec technique évident à l’imagerie.
- Douleur chronique liée à une complication mécanique non résolutive par traitement conservateur.
- Infection chronique non contrôlable sans geste chirurgical.
Le type de révision (reconstruction anatomique, greffe autologue/allogreffe, tenodesis, ou dans les cas avancés arthrodèse) dépendra de l’état des tissus, de l’arthrose associée et des objectifs du patient. Un second avis auprès d’un spécialiste du pied et de la cheville, expérimenté en chirurgie reconstructrice, est fortement recommandé.
Choix du praticien et suivi postopératoire
Pour une révision, privilégier un chirurgien ayant une expérience reconnue en pathologie de la cheville et publications ou orientation universitaire est un gage de qualité. Le suivi postopératoire doit être détaillé : protocole d’immobilisation, reprise progressive de la charge et de la rééducation, et échéances claires pour évaluer la réussite. La décision finale doit être partagée avec le patient, en pesant bénéfices attendus et risques de complicaitons.
En résumé, une douleur ou une instabilité persistante après ligamentoplastie n’est pas une fatalité. Un bilan clinique et radiologique structuré, une prise en charge conservatrice bien conduite et des critères précis pour la révision permettent de prendre la meilleure décision thérapeutique, en évitant les réinterventions inutiles.









