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Fœtus à la merci des toxines
                                              Fœtus à la merci des toxines
                                                  The Gazette, 12 juillet 2004
Les enfants soumis à une expérience continue sur la toxicité : Au cours des 25 dernières années, de petites quantités ont pu endommager le cerveau jusqu’à 25 pour cent des jeunes canadiens
CHARLIE FIDELMAN
Une exposition à de petites quantités de produits chimiques toxiques pendant le développement du fœtus  peut endommager les « connexions » du cerveau du bébé.
Une version préliminaire d’un rapport inquiétant que la Gazette a reçu d’une commission pour la coopération environnementale, basée à Montréal, suggère que les émissions industrielles de milliers de produits chimiques en Amérique du Nord soient liées à l’augmentation des cancers infantiles, des maladies, des anomalies congénitales, d’intelligence affaiblie, de problèmes d’apprentissage et de comportement.
Mais le rapport sur ces liens – qui ont été cités pendant des années – n’indique pas pourquoi les enfants sont plus à risque.
Après avoir analysé les émissions industrielles au Canada, au Mexique et aux États-Unis, le rapport est clair sur l’augmentation des risques de maladies en raison de la pollution par l’air, par l’eau et par la terre, mais il signale que ces données ne sont qu’une partie de l’ensemble.
Le rapport ne tire pas de conclusion quant aux causes et effets. Mais la commission n’essayait pas de protéger l’industrie, dit la pédiatre, Lynn Goldman, auteure en chef du document préliminaire de 90 pages, un rapport spécial sur les produits chimiques toxiques et sur la santé des enfants en Amérique du Nord.
« Nous avons simplement avancé les faits, » dit Goldman, professeure de science environnementale de Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health de Baltimore, en parlant du document préliminaire qui a occupé plusieurs groupes d’experts et de scientifiques pendant près de trois ans.
Il est presque impossible, par exemple, d’établir si des enfants vivants près d’une usine d’élimination de déchets dangereux sont exposés aux polluants de cette usine ou d’autre provenance, a-t-elle expliqué.
« Nous avons ces formidables données sur les émissions industrielles, mais elles n’offrent pas la méthode pour les relier aux niveaux d’exposition des organismes des enfants. » a dit Goldman.
Une étude indépendante aux États-Unis a permis de découvrir des résidus de pesticides dans le sang et l’urine d’enfants qui ne vivaient pas dans les régions polluées, a-t-elle noté. Les experts divergent sur les problèmes tels que les tendances du cancer, dit-elle.
Elle a dit : « Le public devrait savoir que tout en sachant que les enfants courent un risque, nous ne savons pas réellement ce que contient l’environnement et ce qu’il leur fait. Le rapport soulève plus de questions que de réponses. »
Le plomb, le mercure, les PCB et les dioxines sont des carcinogènes connus, des toxines et des neurotoxines de développement, informe Kathy Cooper, chercheuse en chef pour l’association des lois canadiennes pour l’environnement qui a contribué au rapport.
Bien qu’ils soient fortement réglementés ou complètement bannis, ils font toujours partie des plus grands pollueurs. Mais il y a beaucoup de nouveaux produits chimiques, environ 33 000 substances sont sur le marché, dont la toxicité est inconnue, précise-t-elle.
« Pour la plupart, les effets sur nos enfants n’ont pas été évalués. » selon Cooper.
Cette situation est similaire pour les pesticides. Environ 70 pour cent des pesticides, ayant obtenus l’approbation gouvernementale il y a des décennies, sont dus pour un nouveau test en tenant compte de l’exposition et des enfants, dit-elle.
Les toxiques les plus inquiétants sont les produits chimiques qui s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Les produits chimiques tenaces ne s’éliminent pas facilement dans l’environnement. Même des petites quantités de plomb et de mercure peuvent atrophier le développement du cerveau d’un fœtus et d’un jeune enfant.  De petites quantités au mauvais moment peuvent entraîner des complications à vie. Santé Canada a émis un avertissement aux femmes enceintes pour qu’elles évitent de manger du requin, de l’espadon et du thon.
Bien que les scientifiques en connaissent un bout sur certains contaminateurs, dit Cooper, il y a un « énorme vide intellectuel » sur les autres qui peuvent aussi endommager le cerveau des enfants, qui est radicalement différent de celui des adultes.La société mène une vaste expérience incontrôlée, avertissent les experts, et les enfants sont les sujets de cette expérience.
Par exemple, les terrasses en bois, les barrières et les terrains de jeux sont souvent construites avec du bois traité à l’arsenic – une neurotoxine connue.
Selon les statistiques de l’institut canadien de la santé infantile, le cancer a augmenté de 25 pour cent au cours des 25 dernières années chez les enfants canadiens âgés de moins de 15 ans. Et environ 12 pour cent des enfants souffrent d’asthme, liée à la pollution atmosphérique.
Un autre 29 pour cent des enfants de moins de 11 ans ont des problèmes d’apprentissage ou comportementaux.
« Les chiffres sont énormes, ils augmentent et nous ne savons pas pourquoi. » a révélé Cooper.
Le rapport préliminaire de la commission a réuni des données publiques sur les polluants émis dans l’air, l’eau et la terre – basées sur l’information industrielle exigée par les gouvernements du Canada, des États-Unis et du Mexique.
Par exemple, 80 000 tonnes de carcinogènes ont été relâchées dans l’atmosphère en 2000. Le rapport suggère que les données ont tendance à sous-estimer les émissions actuelles des produits chimiques dans l’environnement. Il avertit que ce n’est que la « pointe de l’iceberg ».
Bien que n’ayant consulté que les sources industrielles, les enfants sont aussi exposés à toutes sortes de choses chez eux. Par exemple, des produits chimiques comme les ignifuges (similaires aux PCB) se retrouvent dans tout, en passant par la télévision, le pyjama de bébé et maintenant dans le lait maternel.
Les enfants sont particulièrement sensibles en raison de leur taille et de leurs activités. Leurs reins et leurs foies en développement sont moins aptes à éliminer les toxines.
Le rapport indique clairement qu’une exposition aux produits chimiques toxiques contribue aux maladies infantiles comme l’asthme, la leucémie, le cancer du cerveau, des anomalies congénitales et des problèmes comportementaux et d’apprentissage.
Il prévient qu’il n’y a pas suffisamment de connaissance sur l’exposition cumulée aux nombreux contaminateurs toxiques de faible intensité. Le rapport indique une augmentation des empoisonnements aux pesticides en Amérique du Nord. Mais il n’a pas fait de lien direct entre les industries, leurs émissions et les problèmes de santé subséquents.
« Par contre, ce que nous savons est que les produits chimiques toxiques sont un facteur hautement évitable pour de nombreuses maladies infantiles. » déclare-t-il.
L’association canadienne des fabricants de produits chimiques – qui représente plus de 70 fabricants de produits chimiques avec plus de 200 usines à travers le pays, répondant pour plus de 90 pour cent des opérations de production chimique au Canada – dit que le rapport est incomplet. Ils n’ont pas répondu aux appels de la Gazette.
Mais d’autres groupes qui préparent une réponse au document préliminaire applaudissent la demande d’une recherche et d’une éducation avancées ainsi qu’une meilleure réglementation. La pédiatre, Irena Bouka, dirigeante de la commission consultative  sur la santé infantile et de l’environnement, a demandé des études canadiennes majeures et de longue durée sur l’exposition et les résultats sur la santé.
Bien que le Canada ait entamé des efforts sur l’évaluation environnementale d’environ 30 000 produits chimiques, il procède à la vitesse de l’escargot, a dit Barbara McElgunn, conseillère en réglementation sur la santé pour l’association canadienne - troubles d’apprentissage.
Bien que ces évaluations soient primordiales, ces groupes suggèrent que le Canada devrait adopter un « principe de précaution » semblable à un programme de controverse considéré en Europe auquel les compagnies doivent fournir les données de toxicité dans un temps prédéterminé autrement le produit est retiré des étagères.
La commission rassemble une liste de scientifiques pour polir le rapport en vue de le communiquer d’ici la fin de l’année, selon Vic Shantora, dirigeant du programme CEC pollution et santé.
« Nous essayons de réunir la meilleure information… et son impact sur la santé de nos enfants pour les présenter au public. » a dit Shantora. « Avec l’objectif ultime que si un changement au règlement s’impose, les trois pays de l’ALENA utiliseront ce rapport comme base pour procéder aux changements. »
source: the Gazette 
 
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